Dans une lettre qu’il adresse à son ami Robert de Montesquiou en décembre 1903, quelques jours après la mort de son père, Marcel Proust écrit ceci : « Je bénis maintenant ces heures de maladie passées à la maison qui m’ont fait tant profiter de l’affection et de la compagnie de Papa ces dernières années. Elles me semblent maintenant les années les plus heureuses, celles où j’ai été le plus près de lui ». Si le célèbre écrivain reste plutôt discret sur sa relation avec son père, cet extrait témoigne de la joie qu’il a éprouvée à le voir plus souvent dans les dernières années de la vie de ce dernier. Adrien Proust (1834-1903), illustre médecin de son temps, est une figure importante de l’histoire de la santé publique, dont la renommée a été quelque peu éclipsée derrière celle de son fils. Dans le cadre de sa mission principale : faire vivre l’histoire des politiques de santé, le Comité d’histoire des administrations chargées de la santé vous propose de découvrir ce « précurseur oublié ».
Dans une lettre qu’il adresse à son ami Robert de Montesquiou en décembre 1903, quelques jours après la mort de son père, Marcel Proust écrit ceci : « Je bénis maintenant ces heures de maladie passées à la maison qui m’ont fait tant profiter de l’affection et de la compagnie de Papa ces dernières années. Elles me semblent maintenant les années les plus heureuses, celles où j’ai été le plus près de lui ». Si le célèbre écrivain reste plutôt discret sur sa relation avec son père, cet extrait témoigne de la joie qu’il a éprouvée à le voir plus souvent dans les dernières années de la vie de ce dernier. Adrien Proust (1834-1903), illustre médecin de son temps, est une figure importante de l’histoire de la santé publique, dont la renommée a été quelque peu éclipsée derrière celle de son fils. Dans le cadre de sa mission principale : faire vivre l’histoire des politiques de santé, le Comité d’histoire des administrations chargées de la santé vous propose de découvrir ce « précurseur oublié ».
Adrien Proust commence ses études de médecine à Paris. Non sans quelques difficultés, il réussit ensuite le concours de l’internat et devient officiellement médecin en 1862 après avoir soutenu sa thèse sur les infections cérébrales. Son parcours en tant que médecin hospitalier est marqué par plusieurs épidémies de choléra. Très attentif à ce phénomène, il est envoyé en mission par le Ministère du commerce en 1869, en Russie puis en Perse, afin d’observer et étudier les foyers de l’épidémie. Ces voyages lui permettent d’étudier les modes de propagation des épidémies et de voir comment chaque État fait pour s’en prémunir. À cette époque, le moyen le plus efficace est la quarantaine, à laquelle A. Proust se montre très favorable. Il préconise l’établissement de zones de quarantaine près du foyer d’origine de l’épidémie qui se situe souvent en dehors de l’Europe. Cette mesure rend nécessaire la collaboration internationale en termes de santé publique. En outre, ces missions lui permettent d’obtenir des compétences en matière de maladies épidémiologiques et d’être ainsi reconnu comme un spécialiste en la matière.
La deuxième moitié du XIXe siècle est marqué par de nombreuses conquêtes hors de l’Europe notamment en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient. Ces déplacements de personnes sont propices à la propagation d’épidémies apportées en France par voie maritime. Le pays fait face à de nombreux épisodes de choléra et de peste. Adrien Proust étudie de très près l’hygiène et considère qu’en renforçant les protocoles sanitaires, les épidémies peuvent être stoppées. S’il paraît évident aujourd’hui, ce point de vue n’était pas encore majoritaire à cette époque.
En 1879, il est nommé membre titulaire du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF) , tout en participant activement à la mise en place du nouveau corps des inspecteurs généraux des services sanitaires, créé cette même année par décret du 13 mars. Le rôle des inspecteurs sanitaires consiste à observer, prévenir, conseiller et coordonner. Ils sont amenés à rédiger des traités d’hygiène, des conseils en matière de salubrité destinés aux institutions mais aussi aux particuliers et surtout à se rendre sur place pour observer et conseiller les autorités sur les procédures à suivre. En 1884, Adrien Proust est promu inspecteur général des services sanitaires, chargé de la coordination et de la prévention à l’échelle nationale. La même année, il obtient la chaire d’hygiène à la faculté de médecine de Paris. Ses cours se caractérisent par une partie pratique assez novatrice pour l’époque. Il propose à ses élèves d’effectuer des sorties sur le terrain ; ils se rendent par exemple à l’Institut pasteur et aux abattoirs de la Villette.
Fort de son nouveau statut, Adrien Proust participe à toutes les grandes conférences sanitaires internationales organisées à cette époque. Depuis la conférence de Constantinople (1866), la France s’est engagée activement dans les discussions internationales sur les quarantaines et la régulation sanitaire du commerce maritime. Adrien Proust s’inspire directement des travaux de cette rencontre pour rédiger son Essai sur l’hygiène internationale (1873), dans lequel il montre l’importance des protocoles sanitaires pour lutter contre la peste, la fièvre jaune et le choléra asiatique. Cet ouvrage le pose comme un précurseur de la santé publique moderne.
À partir de 1881, il représente la France lors de plusieurs conférences sanitaires internationales – à Rome, Venise, Dresde et Paris – où il défend avec constance la nécessité d’une coordination des quarantaines et d’un système d’alerte transnational contre les épidémies.
Il est également envoyé en mission sur les zones frontalières à risque pour conseiller les autorités locales. Il se rend en 1884 à Toulon ainsi qu’à Marseille, foyer important de contamination dû à son important port qui accueille les bateaux venus d’Orient et d’Afrique, et en Égypte en 1891. Cette expédition hors de l’Europe lui permet de jouer un grand rôle lors de la conférence de Venise au cours de laquelle est adopté, le 30 janvier 1892, un traité qui établit une zone de décontamination au niveau du canal de Suez pour éviter que l’épidémie n’atteigne les zones non contaminées, et dont il porte largement la paternité. Proust se heurte dans un premier temps au refus de l’Angleterre qui privilégie le commerce international. Il soumet l’idée, qui est acceptée, que les navires anglais puissent ne pas passer par cette zone de décontamination à condition d’aller directement en Angleterre et de ne pas faire d’arrêt dans les autres pays. Il s’agit-là d’un moment capital de coopération internationale en termes de santé publique. On comprend alors que le métier de diplomate, choisi pour le père du narrateur dans La Recherche, puisse avoir été inspiré par la personne d’Adrien Proust.
Il poursuit ensuite son action lors des conférences de Dresde (1893) et de Paris (1894), où il plaide pour la création d’un office sanitaire international, ancêtre de l’actuelle Organisation mondiale de la santé (OMS). Par cette vision d’une diplomatie sanitaire fondée sur la coopération, il contribue à poser les bases d’une gouvernance mondiale de la santé avant la lettre.
Même s’il s’implique dans des travaux de recherche et de coopération internationale, Adrien Proust poursuit sa mission au sein de l’hôpital. Nommé chef de service à l’hôpital Saint-Antoine en 1873, il poursuit sa carrière hospitalière à Paris, à l’hôpital Lariboisière (1876) puis à l’Hôtel Dieu à partir de 1887.
En 1889, la compétence en matière d’hygiène publique est transférée des chambres de commerce au ministère de l’Intérieur, comme le prescrit Adrien Proust, qui estime qu’en développant les politiques hygiénistes, on participe à la protection du pays. Alors que l’hygiène devient une cause nationale avec la création d’une Société de médecine publique et d’hygiène professionnelle ainsi qu’un Comité consultatif d’hygiène publique dont les décisions pèsent sur les politiques publiques, Adrien Proust apparait de plus en plus sur le devant de la scène. Il participe ainsi à la bataille du tout-à-l’égout à Paris qui agite les députés au début des années 1890. À l’occasion d’une nouvelle épidémie de choléra survenue en 1892, le Dr Proust démontre que le tout-à-l’égout alors en phase d’installation à Paris ne pouvait en être tenu responsable et que, au contraire, les progrès de l’hygiène publique à Paris – ouvertures de rues, constructions d’égouts, adductions nouvelles d’eau potable – depuis la grande épidémie de choléra de 1832 ont permis de réduire de manière constante la mortalité dans la capitale et sa proche banlieue. Ses arguments portent et la Chambre des députés en 1894 vote à une forte majorité la loi rendant définitivement le tout-à-l’égout obligatoire à Paris.
Il propose également d’instituer un passeport sanitaire et des visites médicales à l’arrivée des navires sur les côtes françaises. En voulant ainsi individualiser les démarches sanitaires, il témoigne d’un point de vue novateur par rapport à la médecine de son époque. Même s’il est peu présent dans les livres d’histoire, Adrien Proust a été un des précurseurs de la médecine moderne et a joué un rôle important dans l’amélioration de la santé publique au plan national grâce à son intérêt pour l’hygiène et ses recherches sur les maladies épidémiologiques. Il était convaincu qu’en adoptant un comportement hygiénique, les épidémies pourraient être contrôlées, raisonnement qui a fait ses preuves à son époque et dont on a redécouvert l’efficacité lors de la pandémie de Covid-19 en 2021.
Quelques dates clés de la vie d’Adrien Proust
1834 – Naissance à Illiers (Eure-et-Loir).
1869 – Mission en Russie et en Perse sur le choléra, à la demande du ministère du Commerce, sur proposition d’un inspecteur général des services sanitaires maritimes.
1873 – Publication de son Essai sur l’hygiène internationale, qui le fait reconnaître comme pionnier de la santé publique moderne.
1885 – Nommé inspecteur général des services sanitaires.
1892 – Conférence sanitaire internationale de Venise : adoption du traité sur la décontamination du canal de Suez, dont il est l’un des principaux rédacteurs.
1894 – Défense à la Chambre des députés du projet du tout-à-l’égout, aboutissant à la loi modernisant le système d’assainissement français.
Sources :
DE LA VAISSIERE, Jean-Louis, “Adrien Proust : l’homme qui voulait confiner tout le monde”, Ouest-France – L’édition du soir, 14 mai 2020, consulté le 27 octobre 2025, URL : https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/2020-05-14/adrien-proust-lhomme-qui-voulait-confiner-tout-le-monde-46de7d09-9e49-45a9-aca4-b1dbc0ef603d
FERRO, Kilian, DicoPolHiS, « Proust, Adrien Achille (1834-1903) », Dictionnaire politique d’histoire de la santé, Le Mans : Le Mans Université / laboratoire TEMOS (CNRS 9016), [en ligne], consulté le 28 octobre 2025, URL : https://dicopolhis.univ-lemans.fr/fr/dictionnaire/a/adrien-proust.html
PANZAC, Daniel, Le docteur Adrien Proust, père méconnu, précurseur oublié, Paris : L’Harmattan, 2003 (collection « Acteurs de la Science »).