
À l'approche de la saison estivale, la qualité des eaux de baignade fait l'objet d'une surveillance rigoureuse afin de protéger la santé des baigneurs. Comment sont sélectionnés les sites contrôlés ? Quels prélèvements sont réalisés et que recherchent les analyses ? Quels risques sanitaires permettent-elles de prévenir ? Explications détaillées de Mathilde Merlo, cheffe de bureau Qualité des eaux à la Direction générale de santé , et Marie Teyssandier, cheffe-adjointe du Bureau chargé de la qualité des eaux à la Direction générale de la santé (DGS) du ministère chargé de la santé.
1. Comment sont déterminés les sites de baignades où l'eau est contrôlée ?
Le contrôle sanitaire porte sur l'ensemble des zones accessibles au public où la baignade est habituellement pratiquée par un nombre important de baigneurs et qui n'ont pas fait l'objet d'une interdiction permanente.
Les eaux de baignade, qu'elles soient aménagées ou non, sont recensées annuellement par les communes. Le recensement s'effectue avant le début de chaque saison balnéaire
Toute personne qui aménage une baignade est tenue de déposer à la mairie un dossier justificatif d'ouverture. Le maire transmet ensuite ce dossier au préfet et à l'Agence régionale de santé (ARS) pour permettre l'organisation du contrôle.
2. Comment s'effectue le contrôle des eaux de baignade ?
Le contrôle sanitaire porte sur l'ensemble des sites de baignade (qu'ils soient aménagés ou non, en eau douce et plan d'eau ou mer) recensés chaque année par les communes avant le début de la saison touristique.
La qualité des eaux de baignade est déterminée sur la base de résultats d'analyses provenant d'échantillons prélevés en un point de surveillance qui est défini par l'ARS et le gestionnaire de la baignade (principalement des communes, mais aussi des acteurs privés ou publics tels que propriétaire de camping, buvette restaurant, base nautique etc.). Ces points de prélèvements, toujours identiques, sont définis dans la zone de fréquentation maximale des baigneurs ou dans la zone qui présente le plus grand risque de pollution.
3. Comment se déroule un prélèvement d'eau sur le terrain ?
Les prélèvements ont lieu pendant la saison estivale (3 à 5 mois en métropole, toute l'année dans les Départements et régions d'outre-mer). Ils sont réalisés par les ARS elles-mêmes ou par des laboratoires agréés mandatés par les ARS.
La fréquence d'échantillonnage est d'au moins 4 prélèvements durant la saison estivale (dont un 10 à 20 jours avant le début de la saison) avec d'un laps de temps inférieur ou égal à 1 mois entre 2 prélèvements.
Si, au cours de la saison, un résultat indique une dégradation de la qualité de l'eau, des prélèvements de contrôle sont réalisés dans les meilleurs délais jusqu'au retour d'une situation conforme à la règlementation en vigueur.
4. Que recherchent précisément les analyses ?
Conformément à la directive 2006/7/CE, les paramètres recherchés dans ces prélèvements sont les germes microbiens Escherichia coli et entérocoques intestinaux , dont la présence dans l'eau révèle une contamination d'origine fécale plus ou moins fortes selon les concentrations relevées.
Leur présence ne constitue pas en elle-même un danger pour les baigneurs aux seuils généralement relevés mais peuvent indiquer, par leur présence, celle simultanée de germes pathogènes.
D'autres paramètres tels que le PH, la transparence, les cyanobactéries…peuvent être complétés par les ARS si le suivi est jugé pertinent ou en raison d'un risque suspecté mis en évidence par le profil de baignade.
A savoir qu'un contrôle visuel de l'environnement de la zone de baignade est également réalisé par la personne responsable de la baignade afin d'identifier la présence éventuelle d'hydrocarbures ou de résidus goudronneux, de macroalgues, de macrodéchets, de méduses, etc., lesquels peuvent aussi présenter un risque pour la santé et nécessiter des mesures de gestion adaptées.
5. Que se passe-t-il lorsqu'un résultat n'est pas conforme ?
Le gestionnaire de la baignade est responsable des conditions de sécurité et d'hygiène dans lesquelles est pratiquée la baignade. En tant que titulaire du pouvoir de police sur sa commune, il appartient au maire d'interdire ou de limiter la baignade par la prise d'un arrêté municipal en cas de danger ou de contamination des eaux et de prendre les mesures d'information du public appropriées.
Un site de baignade peut être interdit temporairement à la baignade en cas de pollution même sans analyse afin d'anticiper une pollution prévisible suite à un évènement particulier (orage, dysfonctionnement d'une station d'épuration des eaux usées, etc.).
Un site de baignade dont la qualité est insuffisante en fin de saison balnéaire pourra être interdit temporairement la saison suivante sauf si des mesures curatives ont été mises en place afin de restaurer la qualité du milieu, ou de façon permanente en cas de non-amélioration de la qualité de l'eau.
6. Pourquoi est-ce important de s'assurer que l'eau de baignade est de bonne qualité ?
Il est important de s'assurer que l'eau de baignade est de bonne qualité afin de protéger la santé des baigneurs. Le contrôle régulier de la qualité de l'eau permet également de détecter d'éventuelles pollutions et d'en identifier l'origine, qu'elles soient liées à des rejets d'eaux usées, au ruissellement agricole, à certaines activités humaines ou à des épisodes de fortes pluies.
Les principaux risques peuvent être ceux d'une pollution microbiologique.
7. Quels sont les principaux risques pour la santé associés à une eau de baignade de mauvaise qualité ?
Il faut d'abord rappeler que la noyade est le principal risque lié à la baignade et qu'il est indispensable de se baigner dans des zones surveillées.
Par ailleurs, les principaux risques inhérents à la qualité de l'eau sont ceux induits par une pollution microbiologique. En effet, une eau contaminée peut contenir des micro-organismes susceptibles de provoquer l'apparition d'effets généralement bénins tels que des troubles gastro-intestinaux, des infections de la peau, des yeux ou des oreilles. Les personnes les plus vulnérables, comme les jeunes enfants, les personnes âgées ou les personnes immunodéprimées, peuvent être davantage exposées à ces risques.
Au-delà des risques liés à la pollution microbiologique de l'eau, d'autres risques sanitaires peuvent exister en milieu naturel, notamment en eau douce. Certaines bactéries, parasites ou algues microscopiques peuvent être présents, en particulier lors des épisodes de fortes chaleurs. Ils peuvent provoquer des irritations cutanées, des troubles digestifs ou, plus rarement, des maladies plus sérieuses.
Pour limiter les risques, il est recommandé d'éviter la baignade en cas de plaies ou de lésions cutanées et de respecter les consignes des autorités locales, notamment les éventuelles interdictions de baignade. En cas de symptômes apparaissant dans les jours qui suivent une baignade (fièvre, troubles digestifs, éruption cutanée, etc.), il est important de consulter son médecin en lui signalant cette activité de baignade.
8. Quel est le bilan de la qualité des eaux de baignades pour l'été passé ?
Pour la saison 2025, nous avons observé un niveau de qualité des eaux de baignade élevé, mais qui appelle à maintenir une vigilance :
- 90,2 % des sites sont classés en excellente ou bonne qualité, soit 3 047 sites ;
- parmi eux, 74,4 % sont classés en excellente qualité et 15,8 % en bonne qualité ;
- 93,8 % des sites, soit 3 170 sites, atteignent au moins une qualité suffisante et répondent ainsi aux exigences minimales européennes ;
- 3,3 % des sites, soit 112 sites, sont classés en qualité insuffisante ;
- 2,8 % des sites n'ont pas pu être classés, en raison d'un nombre de prélèvements insuffisant.
Ce bilan est transmis et validé chaque année au niveau européen.
9. Quels sont les conseils à retenir avant de se baigner ?
- Privilégier les sites officiellement recensés et contrôlés par les autorités sanitaires ;
- Consulter les résultats de qualité de l'eau affichés sur place ou disponibles sur le site Eaux de baignade ;
- Respecter strictement les interdictions de baignade ;
- Éviter la baignade après de forts orages, qui peuvent entraîner des rejets d'eaux usées ou d'eaux pluviales.
- Ne pas se baigner en cas de plaie, coupure ou de lésion cutanée.
Les résultats du contrôle sanitaire des ARS, les classements des sites, les pollutions en cours et les interdictions de baignade sont publiés pendant toute la saison balnéaire sur le site officiel Eaux de baignade du ministère chargé de la santé, qui propose également une carte interactive des sites de baignade.
Ce n'est pas parce que la qualité de l'eau est bonne sur un site de baignade, qu'il n'existe pas d'autres dangers dans une zone à proximité de ce site.
C'est pourquoi, pour éviter les noyades, il est important de respecter les interdictions de baignade et de privilégier les zones surveillées signalées par les drapeaux. Les interdictions de baignade protègent des risques d'accidents dans l'eau, qui peuvent être liés à un danger physique (courants forts, tourbillons, variations brusques de profondeur, barrages, écluses), à la présence d'obstacles invisibles (rochers, carcasses), ou à un accès difficile des secours en cas de nécessité d'intervention immédiate.
10. Quels sont les bons gestes à adopter après une baignade ?
Il est conseillé de se laver avec du savon après la baignade.
En cas de symptômes apparaissant dans les jours suivant une baignade, notamment de fièvre, de troubles digestifs ou d'irritations cutanées, il est important de consulter son médecin en lui signalant cette activité de baignade.